☻À la limite de la crédibilité
MARGUERITE COURCIER, CAMILLE JOUANNEST & LAURINE VILLALONGA
Critique de William Fujiwara, 11 mai 2026
“La vérité du mensonge“
À la limite de la crédibilité examine les multiples tours du mensonge, à la fois qu'il nous joue et avec lequel on joue. Marguerite Courcier, Camille Jouannest, Laurine Villalonga ont écrit et mis en scène cette forme documentaire, dont elles sont également les interprètes. Il ne s'agit pas tant du mensonge dans l'espace public quant à la vérité des faits, ce régime généralisé de mensonge que certain.es désignent comme post-vérité, que du mensonge pris dans la représentation de soi, dans l'intimité amicale ou familiale, mais aussi du travail.
Le spectre de l'analyse est ample,allant de la mythomanie assumée à une coquetterie tout aussi efficace, mais plus discrète. La scène d'ouverture à l’hôpital semble outrée, les phrases très clichées. En étant honnête, on pourrait dire que la scène est mal écrite. Elle est pourtant très réelle. Comme toutes les autres, elle est l'adaptation scénique d'entretiens enregistrés. On juge une scène en porte-à-faux avec le réel, et ce sont finalement nos préjugés sociaux, esthétiques ou tout simplement d'expérience qui nous trahissent. Se tromper n'est pas mentir, puisque le mensonge implique l'intention de tromper l'autre. Et pourtant souvent nous nous cachons nos mensonges, nous nous mentons à nous-mêmes sur notre mensonge. Pour mentir et bien mentir, il est bon de savoir se tromper soi-même. À la limite de la crédibilité n'est pas une enquête documentaire sur le mensonge, mais bien plus une cartographie des manières de chercher la vérité du mensonge, d'en saisir la raison, d'en débusquer la mauvaise foi : le menteur, c'est forcément l’autre.
Ainsi le mensonge apparaît-il ici sous les différents angles par lesquels on y recourt ou on l'utilise en anathème pour se sauver la face, se distinguer des autres, se donner un espace liberté, ou tout simplement parvenir à dire un bout de vérité. Dans ce portrait choral du mensonge en compagnon de vie, une figure de psychanalyste tient une place particulière. Durant une consultation, une enfant rapporte un viol qu'elle aurait subi, mais qui, en fait, qui n'a pas eu lieu (l'enjeu n'est pas ici la question de ce qui soutient cette affirmation). En revanche, l'enfant touche juste car ce qu'elle raconte réveille chez son parent un tel souvenir enfoui jusque-là. L'enjeu n'est pas ici de déterminer l'exactitude des énoncés, mais il s'agit plutôt de l'attitude face au mensonge. Car avant de viser la rectification du mensonge dans la vérité intime de ses présupposés et intentions véritables– impossible lumière – on peut déjà faire la part des choses, redonner à chacun ce qui lui revient, démêler les histoires des un.es et des autres pour mieux penser et vivre leur composition. Dans le polyphonique modus vivendi du mensonge, cette figure tire un fil rouge, tendue à entendre autant dans les nôtres que ceux des autres ce qui se trame dans ce tissu de mensonges.
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Mise en scène, écriture, jeu Marguerite Courcier, Camille Jouannest, Laurine Villalonga
Dramaturgie, collaboration à la mise en scène Lucy Millett
Scénographie Amélie Kiritzé-Topor
Costumes Noé Quilichini
Assistante costumes Léonie Gobion
Création sonore Camille Vitté
Création lumière Marinette Buchy
Regard complice Éli Lécuru
(Vu au Théâtre de Bellville - Paris - le 26 février 2026)